Episode #7 Avoir un bon rythme de vie
La conquête du rythme comme acte de souveraineté
Introduction
Comment définir le rythme de vie ?
Notre vie est rythmée qu’on le veuille ou non.
À l’extérieur de nous, il y a le soleil qui rythme nos saisons et nos journées, et la lune qui rythme, particulièrement pour les femmes, leurs cycles et ses différentes phases.
Nous vivons intégrés dans une société dans laquelle il y a des périodes, comme les périodes scolaires, les fêtes, les jours de congé, etc. Et enfin, nous devons répondre à nos propres besoins (manger, dormir, gagner de l’argent).
Qu’est-ce qu’avoir un bon rythme de vie ?
Avoir un bon rythme de vie, c’est savoir répondre à ces questions, d’un côté : « À cet instant présent, de quoi ai-je besoin ? » et de l’autre : « Comment sont construites mes journées de façon juste ? Comment je réponds à nos besoins au travers des pôles de ma boussole intérieure : corps, tête, cœur et connexion ? »
Avoir un bon rythme de vie est à la croisée de tous ces chemins, mais c’est d’abord une quête personnelle et le résultat de la connaissance de soi.
Être souveraine de son propre rythme
Ma plus grande conquête
Je réalise seulement que l’une de mes plus grandes conquêtes personnelles de ces dernières années est la souveraineté de mon rythme de vie. La plus grande valeur que j’ai créée depuis toutes ces années où je travaille sur moi : c’est mon rythme.
Une de mes amies m’a d’ailleurs dit récemment que c’était impressionnant à observer à quel point j’étais ancrée et en phase avec moi-même.
Comment se caractérise mon rythme de vie ?
Mon réveil est naturel
Mon réveil est naturel et j’y tiens particulièrement. Je ne mets pas de réveil et pourtant je peux te garantir que je me lève sans faute à 6 h 30, ou au moins entre 5 h 30 et 7 h 30. Couper un sommeil réparateur n’est pas une option pour moi.
Si j’ai une contrainte extérieure qui m’oblige à mettre un réveil, je ferai en sorte de me coucher suffisamment tôt pour être rassasiée de sommeil au moment du réveil.
Ma phase sacrée du matin
Entre le moment où je me lève et le moment où je me mets à travailler, j’ai une phase sacrée et « glissante » parce qu’elle varie en termes de contenu. Après mon petit-déjeuner, pendant ma pause thé, je me consacre à une activité privilégiée. En fonction de mon intérêt du moment, j’apprends le japonais, je lis un livre ou je médite. C’est ensuite que je me mettrai au travail.
Vers 12 h 00, je déjeune et fais une sieste. J’ai découvert la sieste il y a une dizaine d’années. Et je ne peux plus m’en passer. Elle me donne une seconde vie et recharge mes batteries.
Ma phase de travail et l’écoute du corps
La deuxième phase de travail démarre ensuite. Cette fois, je suis à l’écoute de mon corps et de mes besoins en énergies collectives.
Mon travail étant très sédentaire, je sais que mon corps ne supporte plus d’être immobile et enfermé au bout de ces longues heures de bureau. En milieu d’après-midi, il m’envoie des signaux d’alerte pour que je mette fin à son immobilité. À une ou deux heures près, le pauvre, j’y réponds et je sors. J’ai besoin d’un bain social d’abord, et je vais me poser dans un coffee shop pour du journaling ou quelques tâches plus légères. Ensuite, je chausse mes baskets et vais faire ma marche, et prends mon contact avec la nature quotidien.
Mon coucher à heure régulière
Le dîner peut se faire dès 18 h 30 ou bien quand j’ai faim. Il est accompagné encore d’une phase privilégiée de complément d’apprentissage du japonais ou de postures de Yin, par exemple. Je me couche autour de 22 h 00.
Les limites dans le regard des autres
Mon rythme peut parfois se heurter au regard des autres. Je n’aime pas sortir de mon cadre, ce n’est pas confortable pour moi. Je n’aime pas me coucher au-delà de minuit, car je n’aime pas me sentir à court de batterie le lendemain. Cela peut paraître limitant, mais c’est ainsi que je m’épanouis vraiment.
Comment j’ai rencontré la notion de rythme ?
J’ai mis de nombreuses années à le trouver. Ce rythme est en constant ajustement. Il y a 19 ans exactement de cela, suite à la naissance de mon fils cadet, je suis passée de cheffe de chantier d’un projet de 15 000 m² à maman maternante allaitante. Le plus grand écart que tu puisses trouver, le véritable changement de rythme.
Je passais de la personne proactive soumise au stress du projet et des interactions, gérant parmi les 20 plus grosses entreprises du quart Nord-Ouest, à répondre aux besoins de douceur, de lenteur et de découverte du monde d’un petit d’homme.
J’ai dû appuyer sur la pédale de frein. Et après celui de mon bébé, je n’avais plus que mon propre tempo à écouter.
Une autre illustration qui me vient est la période où nous faisions l’instruction en famille avec mes garçons. Nous vivions entre Paris et la province à mi-temps ; chaque semaine, les moments à Paris accéléraient nos rythmes de vie, de sorties, de sociabilisation, de stimulation, et les temps à la campagne étaient bénéfiques pour le relâchement, la créativité, les jeux en nature.
C’est à cette période-là que j’ai fait la lecture du livre Éloge de la lenteur de Carl Honoré… et la découverte du mouvement slow life.
Et puis, à ces périodes en ont succédé d’autres. J’ai aussi longtemps passé mes journées entières assise au bureau sans activités sportives le soir, et j’avais le sentiment que mes jambes se solidifiaient.
Quels sont les obstacles à lever pour trouver son rythme de vie juste pour soi ?
Les obstacles sont en fait des couches de conditionnement à lever. La conquête du rythme n’est pas une discipline à acquérir par des routines imposées, mais c’est une désintoxication.
Obstacle 1 — La confusion entre « lent » et « en retard »
Si tu as déjà voyagé à pied ou à vélo, tu sais à quel point ces voyages sont différents des voyages en voiture. Le corps intègre les paysages qu’il traverse et fait corps avec la géographie. Il permet aussi les rencontres et les échanges de qualité.
Nous avons assimilé que lenteur était synonyme de retard et de manque d’efficacité ou de productivité. Mais il s’agit bien d’un jugement de valeur.
Le jour où j’ai compris que le rythme collectif était construit pour la productivité et non l’émancipation, je m’en suis détachée. En tant qu’architecte, quand je fixais mes dates de rendu, je prenais en compte un facteur simple : ne pas épuiser mon corps. Mon mental était au service du corps — pas une pression sur lui.
Si tu veux conquérir ton propre rythme, tu du dois faire passer tes besoins intérieurs avant les contraintes extérieures. C’est à toi de définir à quelle allure tu veux avancer dans la vie.
Obstacle 2 — Le rythme comme égoïsme
Faire passer son propre rythme en premier est parfois perçu comme un acte égoïste. Devons-nous vraiment nous plier au tempo des autres — famille, travail, société ? Tu penses que tu déranges quand tu défends ton propre rythme ?
En réalité, plus tu es juste avec toi-même, mieux tu te sens et plus tu es juste avec ton entourage.
Tu ne provoques pas de conflit si tu te respectes, tu ne remets pas non plus en question le bien-être des autres.
C’est à toi qu’il revient de répondre à tes propres besoins. Car tu ne peux pas offrir de l’attention aux autres si tu ne t’es pas d’abord offert ce dont tu avais besoin.
Tu peux te sentir coupable de poser ton cadre, mais c’est au contraire en faisant cela que tu élèves ton entourage à plus de respect de soi.
Obstacle 3 — Trouver le bon rythme, mode d’emploi ?
Devenir souverain(e) de son propre rythme : quel est le mode d’emploi ?
Je ne connais aucune méthode, je n’ai pas vraiment cherché à vrai dire.
La seule chose que je sais, est qu’il vient de soi et avec le temps.
C’est un long travail d’ajustement et d’écoute de soi. Bien sûr qu’il doit s’intégrer dans le rythme de la famille et du couple, mais chacun doit se sentir gagnant au final.
Il s’agit de poser ses intentions, son cadre et de l’exprimer clairement aux personnes avec qui tu vis. Il ne s’agit pas d’avoir du contrôle sur le rythme des autres, mais que les autres n’empiètent pas sur le cadre que tu as posé pour respecter ton rythme.
Tu peux avoir comme un carnet de bord, dans lequel tu écris ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné et ce qu’il faut ajuster. Partager avec toi-même ta volonté d’ajustement donne de la valeur à tes efforts.
Tu seras peut-être perturbée entre la semaine où tu réussis à naviguer et trouver ton rythme, et les week-ends où tout part dans tous les sens. La tentation serait de t’accrocher à ton cadre, mais il est là pour te servir — pas pour te priver de vivre et de profiter de l’essentiel, de l’instant présent.
Obstacle 4 — L’urgence absorbée
Qu’est-ce qui nous empêche de cultiver cet art d’être dans l’instant présent, de profiter de ce qui se passe dans l’immédiat ?
Nous pouvons facilement nous laisser emporter par une pression extérieure : l’urgence des proches, du marché, des réseaux sociaux — qui tournent à un rythme qui n’est pas le nôtre. C’est un obstacle invisible parce qu’il vient de l’extérieur et se fait passer pour la réalité.
Je tiens à distance les réseaux dans mon domaine notamment, car sinon je me compare et je me sens systématiquement en retard.
Sois fière de là où tu en es. Pratique de la reconnaissance et de la gratitude pour ce que tu as, ce que tu fais. Vois le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.
Respecter sa boussole intérieure
Si tu me suis depuis quelque temps, tu sais peut-être déjà que j’attache une importance particulière à l’équilibre de ma boussole « tête, cœur, corps et connexion ». J’estime qu’une vie saine et équilibrée est le résultat d’un équilibre de ces 4 pôles. Un mental à sa place et épanoui, un cœur rayonnant et ouvert à la vie, un corps en bonne santé dont on prend soin, et une connexion et une foi renouvelées.
Si tu ne respectes pas ces 4 équilibres de vie, je dis qu’il manque quelque chose. Ton rythme doit te permettre de nourrir et de retrouver l’équilibre de ces pôles. Et le plus beau, c’est qu’ils t’aident à le faire car ils sont interconnectés.
- Pour que le mental aille bien : ne pas se laisser dominer par la pression des autres, pour ne pas qu’il rumine et tourne dans le vide. Un peu comme si tu laissais les autres appuyer sur l’accélérateur de ta voiture alors que tu es au point mort.
- Pour le cœur : je me nourris de ce qui m’entoure et sais la chance d’avoir ce que j’ai, et surtout d’être entourée par mes proches : famille, amis, animaux, plantes, etc.
- Pour le corps : je l’écoute et prends soin de lui sous toutes les coutures.
- Pour la connexion : j’accueille ce que je ne perçois pas, je m’ouvre à l’écoute de mon intuition.
Tu dois trouver ta propre boussole et tes propres outils qui nourriront ton rythme.
Conclusion
Je t’ai donné les clés de réflexion pour devenir souverain(e) de son propre rythme.
C’est, finalement, un retour à soi : apprendre à se connaître, à s’écouter, à se respecter.
La conquête de son propre rythme est une porte d’entrée pour démarrer un travail d’introspection.
Et c’est en apprenant à se connaître vraiment qu’on peut exprimer la meilleure version de soi.