Episode #13 Nid vide : pourquoi c’est le début de votre vie la plus libre
Le départ des enfants est un moment qu’on sous-estime, alors qu’on survalorise leur arrivée. Pour mon invitée du jour, Véronique Moksky, c’est au contraire le début de la période la plus libre et la plus riche de toute une existence de femme — celle où l’on peut enfin choisir sa vie, se réinventer et trouver une mission qui a du sens. Véronique a 61 ans, une carrière dans la communication, une vie construite entre la France, les États-Unis et l’Allemagne, et anime depuis 10 ans le blog Les Nouvelles Femmes. Dans cet épisode, elle nous livre sa vision du « syndrome du nid vide » : non pas une fin, mais un chantier de reconstruction qui demande du temps, du courage et beaucoup d’introspection.
Ce sujet touche des millions de femmes à la quarantaine et à la cinquantaine, souvent en silence : le vide laissé par des enfants qui partent se mélange à la périménopause, remet en question le couple, le travail, l’identité entière. Véronique explique pourquoi ce moment, souvent vécu dans la culpabilité ou la peur, peut au contraire devenir le point de départ d’une « seconde vie » — à condition d’accepter qu’elle se construit sur des années, pas sur des mois.
Dans cet épisode, tu vas apprendre :
- Pourquoi le départ des enfants peut être le déclencheur d’une « seconde vie » plus libre, et pas seulement une perte
- Comment distinguer le vide physiologique lié à la périménopause du vide existentiel lié au départ des enfants
- Pourquoi il faut compter en décennies, et non en mois, pour reconstruire une vie qui nous ressemble
- Comment repérer le « cumul du renoncement » et les croyances limitantes qui nous freinent depuis des années
- Pourquoi l’écriture est un outil puissant pour penser en profondeur et se reconnecter à soi
- Comment ce moment de vie rebat les cartes du couple, et pourquoi certaines relations n’y survivent pas
- Comment transmettre ce que l’on a appris sans jamais cesser d’apprendre soi-même
3 citations fortes de Véronique Moksky
« On a eu deux vies : la vie avant mon fils, la vie après mon fils. C’est incroyable comme la naissance de nos enfants est une rupture, une construction, une création. »
« Une seconde vie, on ne fait pas une vie en un an ou en un mois. Il faut se mettre dans un processus de longue haleine. Ce qui compte, c’est la persistance, la patience, le fait de poursuivre et d’avoir confiance. »
« Le nid, c’est forcément une sécurité, mais c’est forcément aussi une restriction. Peut-être qu’il faut simplement le déplacer, l’agrandir, le redécorer. »
Points clés à retenir
- Acceptez le temps long. Une seconde vie ne se construit pas en quelques mois : donnez-vous des années, comme vous vous êtes donné des années pour vos études ou votre premier métier.
- Distinguez le corps de la décision. Avant de tout bouleverser (couple, métier, lieu de vie), identifiez ce qui relève d’un déséquilibre hormonal passager et ce qui relève d’un vrai choix de vie.
- Écrivez pour repérer vos croyances limitantes. Le « cumul du renoncement » se construit choix après choix, sans qu’on s’en rende compte ; l’écriture régulière aide à le mettre au jour.
- Entretenez votre couple comme un projet à part entière. Ne laissez pas toute votre énergie relationnelle être absorbée par les enfants : la relation de couple demande un travail conscient et continu.
- Réintroduisez de la solitude au quotidien. Même petite, elle est indispensable pour rester connectée à ses propres besoins, surtout quand on a été mère et salariée en continu.
Bio de Véronique Moksky
Véronique Moksky, 61 ans, a fait des études de biologie puis de communication à Paris. Après une carrière en communication en France et à l’international — elle a vécu aux États-Unis, en Allemagne et aujourd’hui à Nice — elle anime depuis 10 ans le blog Les Nouvelles Femmes. Elle y accompagne, par l’écriture et le mentoring, les femmes de plus de 45 ans qui traversent une période de réorientation de vie, notamment autour du départ des enfants et de la construction d’une « seconde vie ». Elle partage son travail principalement via sa newsletter, pour les femmes en quête de sens et de clarté sur cette nouvelle étape.
Pour retrouver Véronique
- Blog & newsletter — Les Nouvelles Femmes : lesnouvellesfemmes.com
(Véronique précise que l’essentiel de son travail actuel est diffusé via la newsletter de son blog — c’est le point d’entrée à privilégier.)
Transcription
00:00 – 09:54 : Présentation de Véronique Moksky, son parcours et son enfance à la campagne
Florence : Le départ des enfants, ce moment qu’on sous-estime alors qu’on survalorise leur arrivée. Pour mon invitée du jour, c’est au contraire le début de la période la plus libre et la plus riche de toute une existence de femme, celle où l’on peut enfin choisir sa vie, se réinventer, et trouver une mission qui a du sens. J’ai le plaisir d’accueillir Véronique Moksky, du blog Les Nouvelles Femmes. Bonjour Véronique.
Véronique : Bonjour Florence !
Florence : Avant de commencer, je voulais te partager quelque chose qui peut t’aider à avancer sur ce chemin. J’ai créé un guide gratuit avec des questions qui t’aident à faire le bilan des différentes sphères de ta vie, pour mettre de la clarté dans tes projets à venir. Tu trouveras ce guide sur florencealfano.com/roue. Véronique, dis-nous en quelques mots qui es-tu ?
Véronique : Je suis Véronique Moksky, j’ai 61 ans, j’ai commencé mes activités de blogging il y a 10 ans. Je suis une personne qui a une carrière dans la communication — que j’ai toujours, puisque le blogging c’est de la communication — et j’ai eu également une vie beaucoup à l’étranger, à l’international. Les personnes qui vivent à l’international ont souvent une vie de famille très forte, puisqu’on n’a pas tout ce cadre culturel que l’on a si on reste dans son pays d’origine. Pour moi, le départ de mon fils, qui retournait aux États-Unis pour étudier, a été quelque chose de très important. Cette partie d’orientation dans la vie, de choix de vie, a toujours été très importante pour moi, et c’est quelque chose que j’ai noté aussi beaucoup dans mon entourage. Ça m’a toujours beaucoup intéressée.
Florence : Quel enfant étais-tu ?
Véronique : Sur le plan de mon caractère, j’ai toujours été une enfant gaie, extrêmement curieuse. J’ai grandi dans une ferme, dans le Poitou — c’était intéressant puisqu’on était très libre, mais la connaissance du monde m’a énormément manqué. C’est pour ça que j’ai toujours été appelée à partir. J’ai toujours beaucoup appris, et j’apprends tout autant aujourd’hui à 61 ans. C’est quelque chose qui ne s’arrête jamais.
Florence : Ton enfance a-t-elle joué un rôle dans ton rôle de femme, de mère ? Quelles influences as-tu reçues des femmes de ta famille ?
Véronique : Quand on est dans une ferme, le rôle des mères est extrêmement important — on est dans un milieu relativement isolé, la mère apporte beaucoup plus que dans un milieu urbain où il y a plus de structures pour aider dans l’éducation. J’ai aussi grandi dans un milieu catholique, où le rôle de la famille, la stabilité de la famille, étaient très importants. J’ai toujours eu la sensation que la famille était un socle qui allait m’aider. Je pense que grandir à la campagne et dans un milieu de culture catholique, plus que de pratique catholique, m’a beaucoup aidée à conserver des liens, à savoir bâtir des relations de couple, avec les enfants, avec mes parents, et à créer des amitiés.
Florence : Le catholicisme, c’est quoi cette empreinte en quelques mots ?
Véronique : Je ne suis pas particulièrement religieuse, mais je vois bien que le catholicisme donne un rôle très important à la mère. Aujourd’hui on ne voit plus ça : les femmes sont beaucoup plus des professionnelles que des mères, on parle beaucoup moins de leur statut de mère. On a lutté pour ça, il y a eu beaucoup d’avancées sociales — mais on oublie ce caractère extrêmement important, à la fois physiologique et culturel. On oublie à quel point cela nous prend la vie, nous révèle, nous définit — d’où le départ des enfants, d’où cette espèce de vide que ce départ crée. Je pense que dans toutes les religions, on a beaucoup lutté contre cette assignation sociale. Mais il reste que, si on enlève cette partie sociale, il y a quelque chose qui vient de notre propre corps, qui est fasciné par les enfants, par l’éducation, par la famille, par les liens.
Florence : La maternité et le rôle de la mère nous envahissent en fait très vite.
Véronique : Absolument, et c’est surprenant puisqu’on n’est pas dans un cadre où on apprend ça. Les intuitions viennent, alors que les hommes sont souvent assez démunis. On sent bien que le choix d’avoir des enfants ou non définit l’existence d’une femme adulte. Et puis il y a cette idée de transmission : dès qu’on a un enfant, on sent que c’est de la création, qu’on va lui transmettre quelque chose. Utilisons notre pouvoir de création — c’est la seule chose que l’on peut faire que les hommes ne peuvent pas faire. On parle beaucoup de la charge mentale, une réalité quand on travaille et qu’on élève ses enfants. Mais ça n’empêche pas que cette vie de mère soit absolument passionnante, déterminante dans notre destin, à mon avis.
09:54 – 19:36 : Études, orientation et connaissance de soi
Florence : Ensuite, ton enfance à la campagne — quelles études as-tu faites ? Comment es-tu partie de la campagne ?
Véronique : Dès très jeune j’ai eu des problèmes d’orientation, j’étais en avance à l’école. J’ai fait des études de biologie puis de communication. D’où l’importance que j’ai donnée au conseil d’orientation, pour les jeunes, pour mon fils et ses amis. Ce qui m’a le plus manqué, c’est la dimension intellectuelle — dans la campagne, on reproduit ce que l’on connaît, et je ne m’y suis pas retrouvée. J’ai eu vraiment cette absence de mentoring. Aujourd’hui je fais beaucoup de mentoring : donner l’exemple, mais aussi donner l’information. Ça ne m’a pas empêchée de poursuivre mes études à Paris, puis de continuer à partir. Quand on va à l’étranger, on se met dans une vie d’étude, on est continuellement dans un environnement d’apprentissage. Les problèmes d’orientation, que l’on soit jeune ou âgé, y compris au moment de la retraite, y compris pour les hommes, c’est un sujet qui m’a toujours passionnée.
Florence : Tu parles d’orientation tout au long de la vie, c’est ta thématique.
Véronique : Absolument. Trouver sa voie, à n’importe quel moment de sa vie, parce qu’on peut en changer. C’est quelque chose que font par exemple les Américains — ils vous diront que vous pouvez changer tous les cinq ans. Mais quand on est mère, on l’est à vie, on n’arrête pas de l’être même si on ne voit plus ses enfants. En termes de lieu de vie, de métier, ça peut être très fructueux de changer — pas pour tout le monde, c’est aussi une question de nature.
Florence : Je ne sais pas si tu connais le human design, mais on y trouve des types de personnes : des investigateurs, qui adorent apprendre et expérimenter, et d’autres pour qui c’est plutôt leur rôle social qui est leur clé de vie.
Véronique : Absolument, d’où l’importance de se connaître — par l’introspection, la lecture, la discussion, et beaucoup par l’expérience. Quand on se sent mal à l’aise, c’est souvent qu’il nous manque quelque chose : ajoutons une expérience et voyons si ça apporte une réponse. La lecture, par exemple, est ce qu’il y a de plus facile à emporter avec soi et de plus profond ; elle évite de se déplacer très loin, elle aide énormément.
Florence : On peut ressentir un petit malaise à un endroit ; il faut aller le creuser pour mieux se connaître et aller vers une vie plus épanouie. C’est un peu ça que tu apportes ?
Véronique : Oui, mais tout dépend : est-ce qu’on construit quelque chose et qu’on doit conserver son énergie, ou est-ce qu’on choisit de bifurquer, de passer sa vie sur son propre bien-être ? On est toujours dans ce dilemme entre la voix sociale et l’épanouissement personnel. Les biographies de personnes qui ont eu un rôle majeur dans la société montrent souvent des gens qui n’ont pas du tout choisi l’alignement avec eux-mêmes — ils ont des principes, et la capacité de lutter contre eux-mêmes, contre leur désir de calme. Pour les femmes qui élèvent des enfants, il faut vraiment bien se maîtriser, être sereine avec soi-même, puisqu’on ne peut pas leur transmettre nos doutes. Une fois que les enfants sont grands, on regarde les choses différemment, sur du plus long terme — on est moins dans la gestion émotionnelle du quotidien, plus dans la construction de quelque chose d’assez solide.
19:36 – 23:58 : Rencontre, mariage et naissance de son fils
Florence : Pour revenir à ta biographie : quels ont été les éléments déclencheurs pour partir à l’étranger, la naissance de ton fils, ton mari — comment ça s’est organisé ?
Véronique : J’ai eu mon fils tard, je venais d’avoir 37 ans. J’avais rencontré mon mari, qui est américain et plus jeune que moi, quelques années auparavant. Avant la naissance de mon fils, j’avais eu la frustration de ne pas faire mes études dans une école d’ingénieur où j’aurais pu avoir des stages à l’étranger. Je suis partie, j’ai pris un an off, et je suis partie en Asie du Sud-Est toute seule, à 32 ans. La naissance de mon fils a ensuite été une vraie rupture, une construction, une création — il y a un avant et un après. Avant ça, j’ai fait un master en communication à Paris, j’ai travaillé en agence de communication puis comme responsable du service économique. Puis j’ai eu ce désir de continuer à apprendre de façon plus pragmatique : je suis partie seule, un an, en Asie du Sud-Est avec mon sac à dos. Ça a été formidable, au début de ma trentaine — j’étais seule, dans un contexte où je ne connaissais personne, il fallait que je m’habitue. Ça m’a permis de me débrouiller, de reprendre mes marques, de rencontrer des gens formidables. J’ai compris que pour moi, le voyage, l’étranger, était physiquement indispensable. J’aime ne pas connaître, j’ai besoin d’observer.
23:58 – 36:44 : États-Unis, Allemagne, Nice : les renouveaux, et la seconde vie qui se construit sur des décennies
Véronique : Avec mon fils, on est restés en France un temps, puis j’ai travaillé dans une école d’ingénieur. Quand il a eu trois ans, on est partis aux États-Unis, où je suis restée 11 ans. Ensuite, pour des raisons d’éducation, nous sommes partis en Allemagne, à Berlin, pendant 4 ans. Aucun de nous n’était salarié, il a fallu qu’on se débrouille dans cette société allemande. Je n’ai pas du tout aimé le climat, ni la gestion de la pandémie, qui a été terrible là-bas. À la fin de la pandémie, on a fait un voyage à Nice, on a eu un coup de cœur et déménagé en trois mois. Ça a été un gros renouveau — on se renouvelle très régulièrement, comme si on avait 20 ans.
Florence : Qu’est-ce que ça t’ouvre, ces renouveaux ?
Véronique : Ça maintient la flamme de la curiosité, une jeunesse d’esprit. Ce cumul d’expériences fait que je vieillis avec intérêt. Je vois autour de moi des femmes qui abordent la cinquantaine en se disant qu’elles sont dans un processus de fin, qu’elles ont atteint la moitié de la vie et n’ont plus qu’à terminer quelque chose. C’est facile de se dire ça quand on a fait un métier pendant longtemps, quand les enfants sont grands — mais si on veut éviter ce genre de pensée, il faut se mettre avec des personnes qui ont gardé ce « peps ».
Florence : Aux États-Unis, on appelle ça la « second life » — en France il n’y a pas de terme attribué.
Véronique : La seconde vie, c’est le moment où on se sent solide, où on est capable de construire quelque chose vraiment — souvent après le départ des enfants. On voudrait le faire en un an, deux ans, trois ans, alors qu’il va falloir des décennies pour reconstruire. La première vie dure 40 ans, elle ne dure pas un an. Il faut se mettre dans un processus de longue haleine. Quand on regarde le résultat, ce n’est pas ça qui compte, c’est la persistance, la patience, le fait de poursuivre, le fait d’avoir confiance.
Florence : Ce qui est dur, c’est que dans la préparation d’un projet — je pense à mon départ au Japon — il y a plein de petits éléments à faire avant, et cette vie est encore irréelle, encore rêvée.
Véronique : Il y a deux types de personnes : celles qui adorent préparer et sont déçues par le voyage, et celles qui aiment la réalité, le fait d’y être. Mon conseil : arrête de préparer, vas-y. Il y a des personnes qui ne supportent pas notre départ, qui nous font la tête parce qu’on les a « abandonnés » — c’est une des choses les plus dures à vivre dans le départ : cette sensation que les gens comptaient sur nous.
36:44 – 44:49 : Le vide physiologique et l’intimité perdue avec les enfants
Florence : On a parlé des enfants qui partent plutôt positivement, parce que pour eux c’est une continuité. Mais chez certaines femmes, ça crée un vrai vide. Qu’est-ce que tu peux en dire ?
Véronique : C’est un vrai vide. D’abord un vide physiologique, qui correspond à la période de la périménopause — le départ des enfants coïncide souvent avec une transformation hormonale, et les deux se cumulent. Il y a une vraie sensation de vide existentiel, mais aussi de vide intérieur, souvent lié à l’irrégularité hormonale. Pour moi, les enfants c’est une relation physique. L’intimité qu’on a avec les enfants, on ne l’aura avec personne d’autre. Il faut l’accepter, se retrouver des amis qu’on peut serrer dans ses bras, se rapprocher de son conjoint — ou constater que ce conjoint ne suffit pas. On voit beaucoup de femmes laisser leur conjoint quand les enfants partent, parce qu’on a l’impression que la transformation concerne toute la vie, alors qu’il ne faut pas tout confondre.
Florence : En pleine périménopause, 15 jours par mois je suis brassée par les hormones, je vois ma relation amoureuse de façon très négative.
Véronique : Vas-y mollo. On pense qu’on maîtrise tout en pensant, en raisonnant — mais non, on est totalement dirigés par notre corps. D’où l’importance de l’énergie, de rester en bonne santé. Moi j’ai été une grande insomniaque, je pensais que c’était de l’anxiété ; il m’a fallu très longtemps pour comprendre que j’avais besoin d’énormément d’activité physique. Être bien dans sa peau, c’est avant tout une gestion du corps : bien manger, bien dormir, savoir quand on a besoin de solitude. La solitude est indispensable pour tout le monde — quand on est une mère qui travaille, on n’est jamais seule, c’est une catastrophe, ça finit par nous dévorer.
Florence : Le pic des 19 heures, où on est déjà bien fatiguée et qu’il faut faire les repas, les bains, les devoirs.
Véronique : C’est épuisant parce qu’on ne suit pas les besoins de son corps. Je pense qu’il y a deux périodes difficiles : quand les enfants sont ados, et quand ils sont petits. Ces deux périodes-là, il faudrait travailler le moins possible, ou pas du tout — ce serait l’idéal, s’y consacrer pleinement et être libre à côté.
44:49 – 54:14 : Travail, injonctions françaises et croyances limitantes
Florence : Une femme dans la quarantaine ou au début de la cinquantaine, dont les enfants partent, qui n’a pas forcément beaucoup travaillé ni beaucoup de pécule, mais qui veut créer sa seconde vie — comment l’accompagnes-tu ?
Véronique : Je regarde toujours la vie totale — on n’invente pas quelque chose à 40 ans, le fil de notre vie est déjà largement déroulé. On a la sensation physique qu’il faut tout bouleverser, alors qu’en réalité notre chemin est souvent déjà bien tracé. La situation est souvent plus simple qu’on ne le croit. On peut avoir besoin d’un break, le marquer, reprendre des études. Se séparer temporairement est aussi possible — j’ai connu des personnes qui allaient travailler la semaine dans une grande ville, sans forcément se séparer. Ce qu’on pense être une énorme transformation globale mérite d’abord des ajustements.
Florence : Cette période de vie seule est importante, je trouve, si on ne l’a pas eue avant.
Véronique : On a besoin de solitude au quotidien — c’est normal. Il est très difficile d’avoir un conjoint quand la relation demande un entretien quotidien, avec le boulot, l’argent, les horaires, les enfants. La première chose qu’on va faire tomber, c’est le conjoint — on ne peut pas larguer ses enfants. Notre culture française nous dit : n’arrête pas ton travail, garde-le au cas où il faille divorcer. Pour moi c’est une erreur : il faut avoir le courage de dire que les enfants sont plus importants que le salaire. Quand j’ai commencé à travailler, la France était le pays du monde où le taux de travail des femmes avec enfants était le plus élevé — ça met une sacrée pression : soit on prend un mi-temps et on fait un travail d’assistance, soit on choisit un travail épanouissant mais très dur physiquement.
Florence : Quelles croyances limitantes rencontres-tu chez les femmes que tu accompagnes ?
Véronique : Les personnes qui viennent chercher de l’aide ont déjà envie de le faire ; les croyances sont plutôt chez celles qui ne viennent pas — je vois chez elles le cumul du renoncement : ça ne s’est pas fait en une journée, mais par de multiples choix de préservation faits continuellement. Je pense que ce sont des croyances — « je ne vais pas y arriver », « les gens sont contre moi ». On a mis beaucoup de choses dans la tête des femmes en leur disant qu’elles étaient des victimes. C’est aussi une question d’amour des autres — la douleur de laisser les autres derrière soi.
54:14 – 1:05:27 : Écriture, souveraineté et transmission
Florence : Parle-moi un peu de ton blog, Les Nouvelles Femmes, et de ton accompagnement ?
Véronique : Avant de faire du coaching, je fais vraiment une activité d’écriture — j’ai beaucoup de contacts par l’écriture. La discussion de coaching est dans l’instant, dans l’échange ; l’écriture permet de se plonger, de réfléchir à un sujet. Les personnes qui travaillent avec moi commencent par me lire, ont besoin de mettre les choses par écrit — je les remets dans un processus de pensée approfondie, pas forcément émotionnel. Mon blog parle aussi beaucoup d’alimentation et de sport, parce qu’on est très déstabilisé par la maladie. On est dans des modes de vie très rapides, très stimulés par les réseaux sociaux — j’essaie de faire en sorte que les personnes se retrouvent comme dans une salle de classe, avec un cours un peu difficile.
Florence : Tu les amènes à réfléchir, à ouvrir des perspectives sur la vie, sur le monde.
Véronique : Oui, à s’informer énormément. Quand je discute, je pose énormément de questions, j’écoute beaucoup, j’essaie d’enlever tout ce qui est croyance. Typiquement, beaucoup de femmes de ma génération commencent par parler des problèmes avec les hommes, du patriarcat — c’est très fréquent quand on laisse un peu les enfants de côté. Il faut alors reprendre pied en se remettant dans une situation de femme libre, authentique, sur ses deux jambes.
Florence : Je prêche pour que les femmes reprennent leur souveraineté, mais les hommes aussi.
Véronique : Absolument, c’est totalement humain, les hommes ont les mêmes principes. J’aime révéler l’intelligence chez les gens quand je sens qu’il y a un besoin — il faut trouver ses portes et entrouvrir son cerveau pour être autonome dans sa pensée. Quand je commence avec des personnes de 45 ou 50 ans, elles sont très loin de la retraite — c’est vraiment réintégrer l’autonomie de leur pensée.
Florence : C’est de l’introspection, apprendre à se connaître — après 45 ans, on peut gratter et identifier assez vite ce qui est pour nous et ce qui ne l’est pas.
Véronique : Oui, tout à fait. On se rend compte qu’on est conditionné par l’environnement et par notre passé. Il faut vraiment beaucoup écrire, parce que l’écriture n’est pas comme la parole — elle marque quelque chose. On se relit, on approfondit, on réécrit. Il faut aussi beaucoup écrire sur ses joies, pas seulement sur ce qui est difficile.
1:05:27 – fin (1:14:26) : Transmission, projets à venir et conclusion
Florence : Quel est le rôle de notre génération, disons de 45 à 65 ans, par rapport à la transmission ?
Véronique : Le désir d’apprentissage est totalement lié au désir de transmettre — ce sont toujours deux choses parallèles. Nous, les femmes, on passe beaucoup par les personnes pour transmettre et pour apprendre ; les hommes passent plus par le matériel, les objets, la conception. La transmission est un état d’esprit qu’on a toujours. J’ai vu des personnes âgées qui n’avaient rien à transmettre, faute d’avoir appris à être un guide — ce n’est pas évident, ça se pratique. Mais il faut transmettre ce dont la personne a besoin, pas la bourrer de choses inutiles.
Florence : As-tu des projets en cours, pro ou perso ?
Véronique : Je suis une personne de projets — il faut que j’arrive à boucler mes livres, sur lesquels je travaille depuis longtemps. Je voudrais publier davantage — c’est un métier qu’on peut faire jusqu’à 100 ans. Ce n’est pas parce que le temps presse qu’il faut faire quelque chose d’idiot : il faut prendre son temps pour mettre en œuvre ses ambitions, qu’elles soient mûries et vraiment ambitieuses. Côté personnel, on est sur deux pays — mon fils s’installe à San Francisco, et on aime voyager, donc j’aimerais me baser entre ces deux pays et continuer à voyager.
Florence : Où est-ce que nos auditeurs peuvent te retrouver ?
Véronique : On peut me retrouver sur mon blog LesNouvellesFemmes.com. Surtout, on peut s’inscrire à ma newsletter — tout ce que je produis aujourd’hui passe par elle. C’est là qu’il faut aller.
Florence : Merci beaucoup Véronique, c’était passionnant.
Véronique : Formidable, je t’en prie.