Reconversion professionnelle, ces biais cognitifs qui vous retiennent

Dans cet épisode du podcast Les Biais dans le Plat, Florence Alfano revient sur son changement de vie après 45 ans : de l’architecture à l’accompagnement des femmes (et des hommes) en reconversion, en passant par les biais cognitifs qui freinent – syndrome de l’imposteur, aversion à la perte, faux consensus. Voici l’échange intégral avec Sophie Morth.

Qui est Florence Alfano, coach en reconversion pour les femmes de plus de 45 ans ?

Florence : Je voudrais créer un endroit où ces gens-là puissent mettre de la lumière dans leur vie et se dire « Mais non, mais il me reste plusieurs dizaines d’années à vivre. » C’est le moment ou jamais justement de me servir de ce que j’ai vécu et de transformer mes souffrances, transformer mes expériences de vie en quelque chose de lumineux. C’est ça que j’ai envie de permettre.

Sophie : Et bienvenue dans Les Biais dans le Plat, le podcast qui explore ce qui nous freine, ce qui nous pousse et ce qu’on ne dit pas toujours à haute voix. Ici, je tends le micro à celles et ceux qui osent retirer l’armure, revenir à l’essentiel et partager ce qui les a vraiment transformés. Parce que derrière nos décisions, nos doutes et nos élans, il y a souvent des biais invisibles, des filtres qui déforment notre perception et influencent nos choix sans que nous en ayons conscience. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Florence Alfano. Bonjour Florence.

Florence : Bonjour Sophie.

Sophie : Florence, tu crées du contenu pour les femmes de plus de 45 ans qui sentent qu’elles ont encore un chapitre à écrire mais qui n’arrivent pas à franchir le pas. Avec ton projet Le Podcast de Flo, tu t’es donné pour mission d’éclairer les zones d’ombre pour les femmes mûres, pour que les femmes mûres se révèlent, et tu t’intéresses aux biais cognitifs qui bloquent les femmes dans l’action. Et c’est pour ça que tu m’avais contactée et j’en ai profité pour vouloir t’interviewer et j’ai besoin que tu m’en dises plus. Florence, quand on t’enlève tes étiquettes, qui es-tu ?

Le changement de vie que Florence Alfano se prépare à vivre

Florence : Alors, je suis donc Florence. Je suis quelqu’un qui est en constante apprentissage, constante réflexion sur soi et qui aime la vie et qui a envie de profiter en fait de ces années qui s’ouvrent à moi. J’ai passé les précédentes années en fait à me consacrer à la fois à guérir certaines blessures que j’avais et à élever mes deux garçons le mieux possible. Aujourd’hui, il s’envole un petit peu du nid et donc je voudrais profiter des prochaines années pour créer une vie en fait qui me ressemble vraiment.

Explorer le monde physiquement. Je voudrais partir au Japon, je pars au Japon en octobre, et créer aussi un business qui permette, alors, aux femmes, mais j’ai ouvert maintenant aussi aux hommes. Donc je m’ouvre en fait à tout le monde pour inspirer et que les gens puissent, alors, reprendre leur pouvoir personnel, reprendre leur souveraineté et qu’ils aient confiance en eux. Voilà, j’ai vraiment à cœur de permettre aux gens de s’aimer et d’aimer leur vie.

Le vrai déclencheur derrière ce changement de vie professionnel

Sophie : Et ta présentation est très intéressante, mais ce que tu nous dis là, c’est ce que tu es maintenant. Qu’est-ce qui t’amène là ? Et comment tu es venue à ce projet ? Et quel a été le moment de bascule pour arriver justement à la concrétisation de ce projet ?

Florence : Alors, j’ai plusieurs moments de bascule. Si je reviens le moins loin en arrière, en fait, j’ai un projet, je veux partir au Japon. Donc j’ai cherché comment je pouvais travailler, à ce qu’on appelle les digital nomades, qui touchent plutôt les trentenaires j’ai l’impression, et moins les gens d’après 45 ans. Et donc j’ai ce projet de vouloir aller travailler à l’étranger. Donc je voudrais un travail en ligne.

Je m’étais déjà reconvertie une première fois dans le domaine de l’accompagnement puisque j’étais prof de yin yoga. J’avais des séances près de chez moi, en présentiel, qui marchaient plutôt bien, mais simplement je n’ai pas réussi à développer une structure suffisamment importante pour que ça soit rémunérateur en fait. Et j’ai pris conscience, en fait, il y a un peu plus d’un an, que je ne vendais pas à ma juste valeur. En fait, je vendais mon heure de travail au prix d’un cours de yoga alors que mon expertise est beaucoup plus profonde, beaucoup plus importante.

Et du coup, en ayant pris cette conscience que ben j’étais pas alignée avec mes valeurs, j’ai mis fin à ces cours. J’ai attendu la fin de l’année pour que les cours s’arrêtent. Et du coup, ben depuis, je travaille à comment créer, justement, un projet professionnel qui aille avec mon projet de vie, qui soit aligné avec mes valeurs et à vraiment qui je suis.

Le human design comme outil de reconversion

Florence : Sachant que j’ai fait aussi, je suis partie un petit peu dans tous les sens, dans tous les univers. J’ai fait un DU FLE, donc un diplôme universitaire de français langue étrangère, pour potentiellement avoir un visa au Japon en tant que prof de français pour les étrangers, pour les Japonais. Depuis un an, j’ai travaillé à la fois à développer du yin yoga en ligne, développer du FLE en ligne, et je me suis rendu compte en fait que c’était pas des domaines dans lesquels je m’épanouissais suffisamment. Ils étaient trop restreints par rapport à ce que j’avais envie d’exprimer.

Et du coup, je me suis intéressée au human design. Et grâce au human design, j’ai compris, en fait, ça m’a renvoyé comment je fonctionne, et ça a été très révélateur parce que je me disais « Ah oui, c’est exactement ça. Ah, c’est exactement ça. » Et à chaque fois que je décortiquais mon schéma, je comprenais mieux, et j’ai compris en creusant quelle était ma vraie position en fait vis-à-vis du monde et des gens, quel rôle je devais jouer notamment dans cette seconde vie. Voilà.

De l’architecture à Paris : des études choisies pour plaire à ses parents

Sophie : OK. Super intéressant, et excuse-moi, alors je vais insister, on a parlé un petit peu avant de lancer la vidéo. Tu me dis que tu as une formation d’architecte, que tu as commencé ta vie professionnelle à Paris et maintenant que tu es en province. Qu’est-ce qui, encore une fois, est le moteur de tout ça ? Parce que quelque part c’est inspirant de voir que tu pars d’une posture aussi classique d’employée à une posture d’entrepreneure. Donc comment est-ce que tu arrives jusque-là ?

Florence : Alors donc j’ai fait des études d’architecture. Si j’en reviens un petit peu à ce qui m’a poussée à faire ces études d’architecture, j’ai toujours été très créative. Je voulais être styliste. Je voulais aussi être psychologue. Donc j’ai plusieurs, déjà, sur plusieurs pôles. Mais j’ai toujours été assez créative. Et chez nous, on était trois filles, trois sœurs, et notre père voulait qu’on fasse des études. En fait, c’était comme ça, c’était bac + 5 de toute manière. Et du coup, j’ai été poussée vers un diplôme.

L’image que j’en ai, c’est que mes parents ont fait construire leur maison quand j’étais petite, ils ont travaillé avec un architecte pour déposer le permis de construire, et je me souviens qu’ils le réceptionnaient, qu’ils offraient l’apéritif souvent à cet architecte avec beaucoup de respect, beaucoup d’égard pour lui. Je me suis dit « Voilà, pour me faire aimer de mes parents, faut que je devienne architecte. » Donc c’est un petit peu comme ça que j’en suis arrivée à choisir ces études, et puis j’ai eu, tout au long de ces études, le challenge que mes parents ne croyaient tellement pas en moi que j’étais obligée d’aller jusqu’au bout et de les réussir brillamment.

Nantes, la naissance de son second fils et le déclic de l’instinct maternel

Florence : Donc j’ai commencé à travailler à Paris. J’avais déjà mon premier garçon qui est né pendant mes études, et à la naissance de mon second enfant, en fait, je dirigeais le chantier de l’hôtel de police de Nantes, depuis Paris, et mon second fils est né, et là, en fait, je voulais écouter mes instincts de mère, et donc j’ai voulu arrêter de travailler et m’occuper de mes garçons du mieux possible parce que c’était déjà difficile dans l’éducation, jeune fils, mon aîné.

Donc voilà, je voulais être disponible pour eux, profiter de ce temps qui, après, est perdu en fait. Et donc on a quitté l’Île-de-France, on est partis s’installer en province. Et alors, quelle était la question de départ ? Comment j’ai basculé ?

Sophie : Oui. Comment tu, effectivement, comment tu bascules aussi d’un point de vue courage et pensée, depuis justement cette ligne relativement classique de l’architecture aussi à l’éducation et à l’entrepreneuriat finalement. Enfin l’éducation de tes enfants en l’occurrence et l’entrepreneuriat.

Florence : Ouais. Oui. Du coup vraiment c’est mes instincts au départ qui m’ont guidé. Voilà. Je voulais répondre aux besoins le plus justement du petit bonhomme que j’avais dans les mains en fait, et en étant en plein Paris, je trouvais ça difficilement compatible. Donc je me suis beaucoup intéressée à tout ce qui était anthropologie, relation, l’éducation, l’écoute des besoins des enfants, la communication non violente. Moi, je suis toujours en train d’apprendre. Donc, j’apprends et puis j’essaie de mettre des choses qui me parlent en place dans ma vie.

Maternage proximal, école à la maison et entreprise en solo

Florence : Du coup, j’ai fait du maternage proximal en fait avec mon second fils, et mon aîné, je voulais mettre en place l’école à la maison. Donc une vie très différente de la salariée dans une grosse agence d’architecture à Paris, ça, c’est sûr. Et du coup, j’ai dû reprendre le travail et j’ai créé mon entreprise d’architecture en solo, en entreprise individuelle, dans l’Aube.

Sophie : D’accord. Oui, mais si, quel courage ! Bravo !

Florence : Merci !

Sophie : Si on en revient à ton projet actuel, qu’est-ce qui fait que, effectivement, on sent, on sent quand même là, tu as trouvé enfin une vraie conviction pour accompagner, alors, les quadragénaires, je vais pas dire, donc, j’avais pensé femmes, mais effectivement tu dis hommes et femmes. Qu’est-ce qui, dans ta propre expérience, t’a permis de savoir ce dont, justement, les quadragénaires avaient besoin pour se révéler ? Qu’est-ce qui est effectivement amené à cette conviction et aujourd’hui à cette proposition de valeur ?

Le syndrome du nid vide, moteur d’un nouveau changement de vie

Florence : Oui. Alors, j’ai pris conscience il y a quelques années en fait, parce que j’ai fait, j’ai refait l’instruction en famille avec mon second fils pendant 3 ans, jusqu’au Covid à peu près. Et ensuite, il est parti à l’école, collège, d’à côté, et puis il est parti au lycée un petit peu plus loin, et puis il est parti en internat.

Et en fait je me suis rendu compte que j’avais consacré ma vie et mon identité, en fait, à l’éducation de mes enfants depuis, ben, 15, 16, bientôt 19 ans, et qu’il allait falloir que je crée, en fait, une vie pour moi. C’est-à-dire que jusqu’à présent, j’avais pris en charge leurs besoins et je m’étais consacrée pleinement à ça. Ça me définissait, et puis progressivement, j’ai senti que, ben, il allait falloir que je me définisse, moi, non pas vis-à-vis d’eux, mais vis-à-vis de moi et de mes projets.

Des ânes du Bourbonnais à la tiny house : des années d’expérimentation

Florence : Et donc, c’est là que j’ai commencé à réfléchir, qui je suis, qu’est-ce que j’aime faire. Donc, j’ai expérimenté plusieurs choses parce que j’ai eu cette chance-là de pouvoir m’arrêter pendant, les 3 ans d’instruction en famille. En fait, on faisait mi-temps école, mi-temps, j’expérimentais des professions. Donc, j’ai eu des ânes du Bourbonnais que j’ai élevés. J’ai eu des naissances. J’ai construit une tiny house parce que, bon, je suis dans le métier du bâtiment, mais j’ai mis les mains à la pâte. Je me suis formée au stylisme, modélisme. J’ai été aussi artiste peintre, j’ai exposé, voilà, dans des lieux à côté de chez moi.

Donc j’ai expérimenté plusieurs domaines, notamment à la fin, donc le yoga et le FLE, et, ben, j’ai découvert en fait progressivement ce qui me convenait, ce qui me convenait pas, et j’en suis revenue à cette question de valeur : qui, peu importe ce qu’on fait en fait, c’est comment soi-même on s’aime dans cette posture.

Sophie : Il est très, très impressionnant et hyper inspirant. Je te remercie beaucoup de m’avoir contactée en l’occurrence.

Seule sur les chantiers : le syndrome de l’imposteur d’une architecte

Sophie : Si on réfléchit éventuellement à ce qui aurait pu te freiner ou à ce qui t’a freinée, aujourd’hui, au départ, est-ce que c’était plutôt le regard des autres ? Est-ce que c’était plutôt les doutes ? Bon, tu es quelqu’un qui apparemment adore apprendre. Qu’est-ce qui pourrait être le sujet qui t’a le plus freinée ?

Florence : Quand j’étais architecte à mon compte, alors en entreprise aussi, mais c’était pas tout à fait pareil parce que quand tu es en entreprise, tu es quand même portée. Quand j’étais à mon compte, j’étais donc seule sur les chantiers, seule dans les projets, dans les rapports aux clients, et j’ai senti ce qu’on appelle le syndrome de l’imposteur. Je me suis sentie pas à la hauteur dans certains contextes.

Florence : Et je pense que j’avais des, j’avais très peur que les gens qui sont en face de moi réalisent que j’étais une imposteure, que je ne savais pas tout, parce que la complexité dans le métier d’architecte, c’est que tu es en position méta, et donc les clients, donc les maîtres d’ouvrage, les entreprises, pensent que tu connais tout jusqu’à la dernière vis du bâtiment. Or, l’architecte, c’est le chef d’orchestre, donc il a bien sûr une connaissance, mais il est là pour créer des espaces et des lieux de qualité, plus que pour dire au plombier comment il doit mettre un BSC. Donc on peut pas avoir les compétences techniques totales, en même, c’était 6 ans d’études à l’époque, mais on peut pas avoir la connaissance technique totale. Nous, on sait dessiner et construire des espaces qui fonctionnent pour les humains.

Pourquoi le syndrome de l’imposteur touche tant les reconversions

Florence : Du coup voilà, j’avais ce sentiment, sur mes chantiers, que je n’étais pas à la hauteur. Donc j’ai voulu arrêter ce métier parce que ça me faisait souffrir en fait, ça me procurait beaucoup de stress, et j’avais donc un problème de confiance en moi et de manque d’estime de ma valeur. Et c’est à ça que j’en suis arrivée plusieurs années après.

Sophie : D’accord. Et par rapport à ça, tu sais que moi je suis très fan de biais cognitifs. Si on repart de là, et si on repart de ton expérience et de l’expérience que tu vas avoir aujourd’hui avec les personnes que tu accompagnes, on va essayer d’explorer peut-être quelques biais que tu peux observer, et tu me confirmes si tu les observes ou pas. D’ailleurs, on parle de syndrome de l’imposteur, on peut pas vraiment s’exclure de celui-là, c’est quand même malheureusement souvent un top 3 dans nos biais.

Le rôle d’éclaireuse : désamorcer le syndrome de l’imposteur chez les autres

Sophie : Aujourd’hui avec les personnes que tu accompagnes, comment tu traites ce sujet-là et comment tu les aides à comprendre l’existence de ce biais ?

Florence : Je leur montre leur dysfonctionnement en fait. Je montre à la personne comment son schéma de pensée peut être bridé par quelque chose qui est plus enfermant pour elle, qui l’empêche en fait de grandir, qui l’empêche de s’apprécier à sa juste valeur, parce que c’est souvent des pensées qu’on ne voit pas. Et ce que j’aime bien dire, c’est que j’ai un rôle d’éclaireuse. En fait, je viens mettre de la lumière sur ces zones d’ombre que les personnes ne voient pas forcément.

Sophie : Et c’est une approche que tu penses avoir de manière systématique aujourd’hui. Quel est le point le plus simple à désamorcer dans un syndrome de l’imposteur selon toi, ou le point peut-être le plus compliqué à désamorcer ?

Florence : Alors, je trouve que ce qui est le plus compliqué, c’est que ça peut être douloureux pour la personne de se rendre compte, parce que la personne va prendre ça comme une remise en question, et donc ça peut faire souffrir la personne de se rendre compte qu’en fait elle s’est biaisée pendant une grande partie de sa vie. Et donc c’est là où c’est assez délicat, la façon dont on peut le mettre en lumière, parce qu’il faut que la personne soit prête, en fait, à cette mise en lumière. Donc ça peut pas être une confrontation trop violente.

Le biais d’aversion à la perte, ce frein à tout changement de vie

Sophie : Un autre biais qui me semble intéressant d’observer, surtout dans ces parcours, peut-être dans le tien d’abord et puis dans celui des personnes que tu accompagnes : le biais d’aversion à la perte. Le biais d’aversion à la perte, c’est quoi ? La peur de perdre un confort, et d’avoir perdu, ou d’avoir passé trop de temps, investi trop de temps de sa vie sur un sujet pour accepter de passer à autre chose et de se reconvertir encore dans une autre direction. Est-ce que c’est quelque chose que toi tu as vécu par rapport à la façon dont tu te racontes ? J’ai l’impression que non, mais je pense qu’on n’est jamais complètement exempté de ça. Est-ce que c’est quelque chose que tu observes encore aussi chez les personnes que tu accompagnes ?

Florence : Alors, je vais parler de moi. Le biais d’aversion à la perte, alors oui, je le sens. Par exemple, là, j’ai pris mon billet d’avion pour partir au Japon, et il y a une espèce de sentiment de sauter dans le vide. Ça y est, je vais tout laisser derrière. En fait, ce sentiment qui fait peur. Et en même temps, j’ai beaucoup travaillé sur : OK, tu sais ce que tu fais.

Le livre qui a tout changé : les cinq regrets des personnes en fin de vie

Florence : Je sais l’expérience que je veux absolument avoir dans cette vie. Il y a un extrait d’un livre, de Bronnie Ware, c’est une infirmière américaine en soins palliatifs, qui a interrogé des personnes en fin de vie sur leurs cinq regrets, ceux qu’elles n’ont pas réalisés dans leur vie. Et l’un des regrets, c’est de ne pas avoir réalisé les projets qui les avaient traversées.

Et ça, c’est quelque chose qui m’anime beaucoup, et je ne veux pas être en fin de vie et avoir quelconque regret. Je n’ai aucun regret de la façon dont j’ai mené ma vie, même si ça a pu être très difficile à certains moments, assez expérimental à d’autres, mais je ne veux pas passer à côté de certains projets à côté desquels je suis déjà passée en fait, dont cette idée de voyage et partir à l’étranger, partir faire une expérience de vie à l’étranger.

Florence : Et c’est un projet qui, effectivement, me fait m’éloigner de mes enfants, me fait m’éloigner de mon pays, de ma famille, du confort climatique et géographique que je connais. Et donc oui, il y a une perte de vie, mais la motivation en face est trop importante et je la garde en tête en fait. Je m’anime avec ça. Voilà.

Accompagner un changement de vie sans renier tout son passé

Sophie : D’accord, d’accord. Et sur les personnes que tu peux accompagner, comment tu peux les amener à passer ce cap qui est souvent de dire, encore une fois, l’aversion à la perte, c’est « j’ai trop attendu pour que les choses n’arrivent pas ». On est sur l’arrêt de bus, hein, c’est idiot, mais oui, mais en gros, et comment elles peuvent avoir le sentiment, pardon, d’avoir surinvesti dans un domaine et le sentiment de lâcher ce surinvestissement, c’est parfois quelque chose, c’est un cap très difficile à passer. Est-ce que tu l’observes et comment tu l’animes aussi dans ton approche ?

Florence : C’est une question d’évaluer le besoin de réaliser le projet qui fait perdre l’investissement précédent, et de savoir si on est prêt à tourner une page, de quelle façon on veut tourner cette page, et on n’est pas forcément obligé de rompre complètement. Je sais que je suis quelqu’un d’assez extrême, on va dire, et c’est cette expérience en fait que j’ai aussi besoin de révéler au monde. Mais tout le monde ne fonctionne pas comme ça. Donc on n’est pas obligé d’être tranchant dans sa vie. On n’est pas obligé de renoncer à des choses du passé, et on peut les transformer en fait au fur et à mesure pour arriver au projet, en fait, ce qu’on veut réaliser.

Sophie : D’accord. Donc j’essaie de faire peser le projet futur par rapport à l’investissement dont tu parles.

Florence : Ouais. Et d’évaluer comment on veut se transformer et si on veut être au lieu de la personne qu’on veut devenir en fait.

Le faux consensus : pourquoi on croit que les autres ont réussi

Sophie : OK, OK, très intéressant. Dernier biais, peut-être, qui est aussi assez compliqué parfois à gérer, le faux consensus. C’est-à-dire l’impression que pour les autres c’est facile, que les autres ont réussi, qu’ils ont l’air heureux, et que soit on ne l’est pas donc le problème n’est pas dans l’épanouissement de soi, le problème est dans le décrochage peut-être par rapport aux autres. Est-ce que c’est quelque chose que toi tu as vécu ?

Florence : Alors, j’ai du mal à le conceptualiser. Tu peux me donner un exemple ?

Sophie : C’est vraiment l’impression que tout le monde a réussi sauf toi.

Florence : Ah oui.

Sophie : Que les autres, ils ont un plan, ils ont une trajectoire qui est limpide, alors que toi tu es dans un flou, tu es dans un mouvement permanent.

Passage à relire : dans cet échange très rapide (« tu peux me donner un exemple ? », « ah oui », « les autres ont un plan… »), la diarisation entre Sophie et Florence est déduite du sens et non garantie à 100 %, faute de marquage des tours de parole dans le transcript brut.

Mettre en lumière ses propres réussites, même les plus petites

Florence : Oui. Alors ça, moi je l’ai pas trop personnellement, mais c’est vrai que je le vois. Et c’est d’aider la personne en fait à voir, même un tout petit bout, mais mettre en lumière les, même les plus petites choses qu’elle fait qui vont dans son sens en fait, qui vont dans la revalorisation de sa personne. J’ai un exemple d’une personne qui a des enfants encore en bas âge, qui est dans la quarantaine, et qui me dit « Ben, je prends pas, je fais pas assez de choses pour moi. »

Et bon, on reconnaît, et c’est sûr qu’elle, dans ce rôle maternel, elle travaille, donc elle n’a pas beaucoup de temps à se consacrer personnellement à elle, à son corps, et en même temps je lui fais remarquer qu’elle vient de changer de lieu de vie. Est-ce que l’ancien ne lui convenait pas et le nouveau lui convient, qu’elle est en train justement en famille d’acheter une nouvelle maison. Donc en fait, je lui montre qu’elle, en fait, si elle s’occupe d’elle, même si c’est elle et sa famille, parce que c’est le moment de sa vie qui est comme ça, mais elle s’est occupée d’elle. Voilà. Donc j’essaie de montrer la valeur qu’elle se donne quand même, même si elle n’en a pas conscience.

Se détacher du miroir déformant des réseaux sociaux

Sophie : C’est très important, ça, je suis d’accord avec toi. C’est souvent on va chercher quelque chose dans une table de valeur qui ne correspond pas à la réalité. C’est-à-dire qu’on va se chercher des compétences uniquement dans sa vie professionnelle, on exclut sa vie personnelle des compétences qui nous permettent d’accueillir, et on va chercher, effectivement, le soi, là, dans ce que tu expliques, dans uniquement soi, alors qu’en vérité tu as raison, le on fait aussi partie d’un ensemble, et qu’il y a des contributions pour les autres qui ont un impact direct sur soi.

Non, très, très intéressant. Et puis c’est de voir le verre à moitié plein et pas à moitié vide, et c’est montrer à la personne, mettre de la lumière en fait, si elle voit tout en noir, bon, ça va être compliqué de mettre tout en lumière d’un coup, mais mettre un petit espace en lumière, ça va lui permettre, elle, de partir de ça et se dire « Oui, il faut que j’arrête de penser comme ça en fait. Si je m’occupe de moi, elle a raison de me le dire, et sa lumière va, voilà, va irradier. »

Florence : En fait, je, c’est comme ça que je vois en image. Elle va, elle-même, en fait, en prenant conscience que si elle s’est quand même occupée d’elle, elle va arrêter d’avoir ce biais cognitif qui va revenir : « Ah non, je m’occupe pas de moi. » Et puis il faut dire qu’on est soumis aux réseaux sociaux, et qu’on voit toujours les autres réussir, et qu’on croit, on pense qu’ils réussissent là où nous on pense qu’on ne réussit pas. Et en fait, c’est, il faut se détacher de cette pensée-là.

Sophie : Tu as totalement raison.

Se projeter dans dix ans : la réussite selon Florence Alfano

Sophie : Si on se projette dans 10 ans, je suis loin, j’espère que tu seras au Japon et peut-être que tu auras encore changé et développé de nouveaux projets. Mais bon, qu’est-ce que tu aimerais profondément changer dans la façon dont les personnes que tu accompagnes envisagent cette reconversion ? Qu’est-ce que serait vraiment ta réussite dans ce domaine, dans cet accompagnement que tu proposes ?

Florence : Moi, je voudrais créer, je voudrais créer un endroit où ces gens-là puissent mettre de la lumière dans leur vie et se dire « Mais non, mais il me reste plusieurs dizaines d’années à vivre. » C’est le moment ou jamais, justement, de me servir de ce que j’ai vécu et de transformer mes souffrances, transformer mes expériences de vie en quelque chose de lumineux. En fait, c’est ça que j’ai envie de permettre. Et pour toi ?

Sophie : Ah moi, moi je vais irradier le monde. Non, non, moi je veux encore plus améliorer mon mindset. En fait, je travaille beaucoup sur ma façon de penser, et je veux développer ce projet et réussir, une vie à l’étranger en 10 ans. Je pense que j’aurai cette expérience, voilà, en, dans mon énergie du cœur qui me remplira en fait.

Sophie : Super. On arrive à la fin. Aujourd’hui, si une femme nous écoute et qu’elle sent qu’elle a une envie mais qu’elle sait pas comment aller, comment l’identifier, comment franchir le pas, quel serait le premier petit pas qu’elle pourrait faire dès demain pour, pas pour, avancer ?

Le guide gratuit pour amorcer sa reconversion professionnelle

Florence : J’ai créé un guide en fait qui est gratuit, qui est sur mon site internet, sur florencealfano.com/roue.

Florence : J’ai commencé moi-même à faire la première mise à plat, en fait, de là où j’en étais dans ma vie. C’est un questionnaire qui te permet d’évaluer où, dans ta vie, tu peux encore créer des améliorations, où tu en es dans certains domaines, quels sont peut-être tes échecs, et qu’est-ce que tu veux changer, en fait, que ce soit dans le domaine des relations, dans la prise de soin de soi-même, faire une espèce de bilan, de mise à plat, de questionnement, d’introspection en fait. Voilà, qui je suis aujourd’hui et qui j’aimerais bien devenir. Voilà, pour les 20 prochaines années même.

Sophie : Et si tu devais parler à la personne que tu étais il y a 10 ans, qu’est-ce que tu te dirais finalement, aujourd’hui, à la toi d’il y a 10 ans, et comment tu la conseillerais pour avancer ? Qu’est-ce que tu lui dirais peut-être de ne plus écouter ?

Florence : Je lui dirais d’arrêter d’écouter la petite voix qui la dévalorise en fait, et de mettre encore plus de joie dans sa vie, plus de lumière, et d’avoir confiance en fait qu’elle a toutes les capacités pour rayonner, et tout ce qu’elle va entreprendre en fait sera une réussite, même si réussite peut pas dire forcément aboutir au bout, le mot réussite, c’est personnel et c’est ce qu’elle en fera.

Le biais cognitif que Florence retient : le syndrome de l’imposteur

Sophie : Si tu devais retenir un biais cognitif, toi, ce serait lequel ? Si tu en avais…

Florence : Ben, le syndrome de l’imposteur. Bon, c’est le plus facile à retenir.

Sophie : Oui. Mais c’est vrai que quand tu nous expliques ton parcours et quand tu nous expliques la variété de tes choix et des enseignements que tu en as tirés, le syndrome de l’imposteur, j’entends ce que tu me dis, mais quelque part, c’est vrai qu’il y a des gens qui sont paralysés par le syndrome de l’imposteur. On a l’impression qu’il t’a plutôt poussée, ton syndrome de l’imposteur, finalement. Non ?

Florence : Oui, peut-être. Après, j’ai aussi fait 10 ans de thérapie où j’ai consacré ma vie à être en thérapie, et justement j’ai sorti de moi tout ce qui n’allait pas. J’ai beaucoup travaillé sur moi. Donc c’est ça qui m’a permis aussi d’arrêter de voir en noir, d’arrêter de me voir comme quelqu’un qui était dysfonctionnelle et qui n’allait jamais réussir en fait.

Florence : Mais le syndrome de l’imposteur, mon analyse c’est que, en fait, l’école nous emmène dans une voie où, par exemple, je le disais, il fallait, pour moi, il fallait faire un bac + 5. Donc en fait, on choisit pas vraiment en fonction de qui on est. C’est aussi pour ça que j’ai voulu faire l’école à la maison de mes enfants, parce que ça leur permettait d’avoir du temps d’introspection, d’apprendre à qui ils sont vraiment. Et je le vois dans mes enfants, ils ont appris à se connaître, ils savent qui ils sont, et ils font des choix aujourd’hui de vie en fonction de ça.

L’école, le syndrome de l’imposteur et l’autosabotage

Florence : Alors que quand on a passé 20 ans à l’école, on a eu très peu de modèles extérieurs en dehors de notre famille ou de nos profs. On a eu très peu de modèles d’adultes, et on n’a pas eu le temps de savoir vraiment qui on était. On doit choisir entre français, géographie, enfin des métiers qui sont très enfermés. On ne se choisit pas en fonction de nous. C’est comme si on avait un menu devant nous où il ne dépend pas de nous. Du coup, on arrive dans des métiers où certes on a les compétences, mais on n’est pas forcément exactement dans notre plein potentiel. Et je pense que ça vient de là, le syndrome de l’imposteur : c’est que certes, on est brillant, mais on n’est pas aligné avec ce métier-là. On l’a pas fait à partir de nous.

Sophie : Ouais, très intéressant, effectivement, comme approche, parce qu’on a souvent aussi, il y a des syndromes de l’imposteur qui sont même d’autant plus violents qu’ils amènent à vraiment de l’autosabotage. C’est-à-dire qu’il y a des gens qui réussissent mais qui, comme ils ne se sentent pas alignés, se débrouillent pour arriver à échouer et à repartir.

Florence : Non, mais tu as raison, c’est vrai, j’avais jamais pensé comme ça.

Sophie : Et oui, le temps de penser, et qui correspond bien aussi, pour arriver à exprimer une forme d’intelligence non pas automatique mais adaptée, oui, c’est énormément de temps.

Où retrouver Florence Alfano et conclusion de l’épisode

Sophie : Écoute Florence, vraiment merci pour cet échange. Ce que je dirais aussi aux gens qui nous écoutent et qui sont arrivés jusque-là, c’est qu’il y a aussi une interview croisée qu’on a faite ce matin, qu’on retrouvera sur la chaîne de l’une ou de l’autre, l’interview de l’autre, puisque l’objectif c’était aussi qu’on puisse partager un peu sur nos expériences. Ben, ce que je retiens de notre conversation, finalement, c’est que derrière tous ces nouveaux chapitres, on peut, et c’est important, regarder ses propres biais, de ne pas les laisser décider à notre place. Donc, vraiment, merci d’être venue, Florence, et j’espère à très, très bientôt.

Florence : À bientôt. Merci.

Sophie : Merci d’avoir écouté cet épisode des Biais dans le Plat. Aujourd’hui, on a parlé du temps qu’on s’autorise, de celui qu’on croit avoir perdu et de celui qui reste à écrire. Si cet épisode vous a bousculés, fait réfléchir ou simplement touchés, partagez-le autour de vous. Et si vous avez envie d’aller plus loin, abonnez-vous, laissez un commentaire, et surtout posez une question pour le prochain épisode, parce que c’est comme ça qu’on avance. Un déclic après l’autre, un biais à la fois. Merci.

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